close
Aide à la navigation

Qu’est-ce que le fédivers auquel Threads souhaite adhérer?

Un téléphone intelligent affichant l'application Threads positionné dans une main devant un fond uni beige.

Threads souhaite se joindre au fédivers, mais n'a pas encore de calendrier.

Photo : CBC News / Ashley Fraser

Radio-Canada

Si vous avez récemment téléchargé la nouvelle application Threads de Meta, un réseau social fortement inspiré de Twitter, vous avez peut-être remarqué qu'elle prévoit se joindre au fédivers.

Avant de pouvoir s’inscrire à Threads, un avertissement s'affiche : Les futures versions de Threads fonctionneront au sein du fédivers, un nouveau type de réseau de médias sociaux qui permet aux gens de se suivre et d'interagir sur différentes plateformes.

Qu'est-ce que cela signifie exactement? Imaginez publier un gazouillis sur Facebook ou apposer une mention J’aime sur un Reels Instagram, mais à partir de TikTok.

Publicité

Le fédivers – une combinaison des mots fédération et univers – est un collectif libre de serveurs décentralisés qui fonctionnent à l'aide de normes de logiciel libre (open source). Contrairement aux réseaux sociaux traditionnels, le fédivers permet aux internautes de se connecter et de communiquer avec d'autres personnes de manière transparente sur plusieurs plateformes.

Ses adeptes affirment qu'il est semblable aux débuts d’Internet, avant que les entreprises technologiques s’appuient sur le modèle publicitaire et utilisent des algorithmes pour cibler les contenus des fils d’actualité.

[Avec le fédivers], vous pouvez avoir un compte sur un service et publier sur d'autres services.

Une citation de Evan Prodromou, entrepreneur et technologue basé à Montréal

D'autres personnes peuvent lire ce que vous publiez; elles peuvent se connecter à vous. Vous pouvez avoir des relations professionnelles, des amitiés et des relations familiales qui ne dépendent pas du service que vous utilisez. C'est la promesse de fédivers, résume Evan Prodromou.

Un homme moustachu portant une chemise noire prend la pose, tout sourire, devant un fond blanc.

Evan Prodromou, qui vit à Montréal, a participé à la création d'ActivityPub, un protocole de réseau social décentralisé à partir duquel est développé une grande partie du fédivers.

Photo : Amita June Prodromou

Comme c’est le cas pour le courriel, il existe de nombreux domaines de messagerie électronique, de Gmail à Outlook. Même si vous utilisez un service différent de celui de vos proches, vous pouvez communiquer ensemble.

Publicité

Nous utilisons les réseaux sociaux pour ce pour quoi ils ont été conçus à l'origine, c'est-à-dire pour améliorer les relations sociales, indique M. Prodromou. Il ne s'agit donc pas de plateformes, mais plutôt de personnes.

Les origines du fédivers

Evan Prodromou est considéré comme l’un des pionniers du fédivers. En 2008, il a créé le site web identi.ca, un réseau social semblable à Twitter.

À cette époque, les sites de blogues étaient particulièrement populaires, et pour les rassembler à un seul endroit, les gens avaient recours à des logiciels d’agrégation de flux. L’entrepreneur montréalais s’en est inspiré pour créer identi.ca.

Ce qui distingue ce réseau social, c’est la norme qui permet aux gens de télécharger le logiciel, de l'installer sur leurs propres serveurs et de communiquer ensuite directement avec ses utilisateurs et utilisatrices, comme si tout était sur le même serveur.

Le lancement de Mastodon en 2017 par le développeur allemand Eugen Rochko a marqué une nouvelle avancée pour le fédivers.

Semblable à Twitter, Mastodon est une plateforme de microblogage et l'un des plus grands espaces de réseaux sociaux autohébergés sur le fédivers. De petits groupes ou des individus gèrent des communautés indépendantes ou des instances sur leurs propres serveurs, avec leurs propres conditions de service et règles de modération.

Les logos de Twitter et de Mastodon superposés sur fond noir.

L'application Mastodon, vue par plusieurs comme une solution de rechange à Twitter, a connu un pic de popularité ces derniers mois.

Photo : Getty Images / JOEL SAGET

En 2018, l'organisation qui définit les normes du web, connue sous le nom de W3C, a souhaité établir une norme moderne pour les réseaux sociaux distribués (aussi appelés réseaux sociaux décentralisés) tels que Mastodon.

Elle a ainsi créé un groupe – coprésidé par M. Prodromou – appelé Social Web Working Group (groupe de travail sur le web social).

M. Prodromou a donc travaillé à élaborer les normes d’ActivityPub, un protocole de réseau social ouvert et décentralisé à partir duquel une grande partie du fédivers est désormais développé. Mastodon et d'autres services, tels que Pixelfed, une plateforme de partage de photos semblable à Instagram, reposent sur ce protocole.

Quels attraits pour le fédivers?

Lorsque vous faites défiler vos fils d’actualité sur Facebook, TikTok ou d'autres plateformes grand public, des contenus provenant de comptes que vous ne suivez pas apparaissent.

Ces plateformes utilisent un algorithme pour vous montrer du contenu basé sur les données qu'elles ont recueillies sur vous, y compris ce avec quoi vous avez précédemment interagi.

A contrario, sur Mastodon, qui fait partie du fédivers, votre fil est composé de contenus de personnes et instances que vous suivez, et ce, dans un ordre chronologique. Selon M. Prodromou, cela crée un environnement moins stressant pour l’internaute, car le flux n'est pas conçu pour le maintenir le plus longtemps possible sur la plateforme.

Faire fonctionner les serveurs du fédivers coûte de l’argent, mais les recettes publicitaires ne sont pas le principal moyen de les entretenir. Les individus et les groupes ont leurs propres méthodes, allant des formules d’abonnement aux dons.

Il n'y a pas d'entité qui puisse dire : "Tout le monde doit lire nos publicités et tout le monde doit nous donner ses données", en raison de la décentralisation du réseau. Cela nous permet donc d’avoir une meilleure mainmise sur ce que nous faisons, affirme M. Prodromou.

Le fédivers est personnalisable et ses utilisateurs et utilisatrices peuvent suivre ou créer leurs propres instances en fonction de leurs intérêts et de leurs valeurs, d’après Brian Keegan, spécialiste des sciences sociales informatiques à l'Université du Colorado à Boulder.

En vous joignant à différents types d'instances ou en déplaçant votre compte entre différents types d'instances, vous êtes en mesure de voter et de choisir s'il s'agit du modèle de contenu, de modération et de gouvernance que vous souhaitez avoir autour de vos réseaux sociaux.

Une citation de Brian Keegan

Cela crée un environnement dans lequel les personnes maîtrient mieux ce qu'elles veulent voir et sont moins susceptibles d'être exposées à des contenus tels que la désinformation et les discours haineux, selon M. Keegan.

Cependant, le modèle fédéré peut aussi encourager les chambres d'écho. Il y a probablement des changements sociaux nécessaires que nous devrons faire sur le fédivers afin d'améliorer ça, reconnaît Brian Keegan.

Le spécialiste ajoute que les décisions de modération sont prises par la personne qui gère le serveur sur lequel vous vous trouvez. Il est donc plus facile de signaler une publication ou des problèmes que d'essayer de faire appel à l’administration travaillant sous l'égide d'une grande entreprise technologique.

Meta est-elle la bienvenue dans le fédivers?

M. Prodromou et M. Keegan considèrent tous deux que le transfert potentiel de Meta vers le fédivers est l'occasion de développer et d'étendre l'espace.

Image d'une publication Thread sur un téléphone.

L'application Threads est une extension d'Instagram, qui appartient au géant Meta.

Photo : Reuters / DADO RUVIC

Outre la possibilité de rendre l'interface moins lourde et plus conviviale, M. Keegan estime qu'une plateforme plus vaste permettrait d'interagir avec un plus grand nombre de personnes.

Le fait qu'une organisation comme Meta exprime son intérêt, qu'elle construise et développe une infrastructure et des applications, ça pourrait permettre à un plus grand nombre de personnes de rejoindre le fédivers.

Une citation de Brian Keegan

Mais des adeptes du fédivers s’opposent à l'adhésion d'une grande entreprise technologique. M. Keegan explique qu'un mouvement d’adeptes de Mastodon a lancé un pacte anti-Meta dans le fédivers, s'engageant à bloquer toute instance appartenant au géant américain.

Je pense que les gens voient l'arrivée de Meta comme un risque que ça détruise ou détériore cet espace vraiment intéressant et passionnant, construit à partir d’un grand nombre de communautés variées, a déclaré M. Keegan.

Meta n'a pas précisé quand Threads comptait se joindre au fédivers et n'a pas donné de détails sur la nature de sa présence, au-delà de l'utilisation du protocole ActivityPub, à partir duquel est développé une grande partie du fédivers.

Actuellement, le fédivers compte environ 12 millions d'utilisateurs et utilisatrices. À titre comparatif, plus de 100 millions de personnes s'étaient inscrites à Threads moins d’une semaine après son lancement.

Avec les informations de CBC

Chargement en cours
Chargement en cours

Vous souhaitez signaler une erreur?Écrivez-nous (nouvelle fenêtre)

Vous voulez signaler un événement dont vous êtes témoin?Écrivez-nous en toute confidentialité (nouvelle fenêtre)

Vous aimeriez en savoir plus sur le travail de journaliste?Consultez nos normes et pratiques journalistiques (nouvelle fenêtre)

Publicité
Chargement en cours
Image

Infolettre Info nationale

Nouvelles, analyses, reportages : deux fois par jour, recevez l’essentiel de l’actualité.

Formulaire pour s’abonner à l’infolettre Info nationale.